
Les changeurs de cap
Surveillance saisonnière des températures circadiennes dans les habitats côtiers affectés par la pollution plastique
Lauren Smith (chef de projet TTPT) et David R. Green (président et directeur de l'EGCP)
QUOI ET POURQUOI : En tant que partenariat côtier, nous consacrons une grande partie de notre temps à visiter le littoral et à rencontrer des groupes scolaires, des particuliers et des entreprises locales. Malheureusement, nous constatons une importante quantité de déchets sur les plages, principalement composés de plastique, et nous organisons donc des opérations de nettoyage. Depuis fin 2018, nous avons retiré plus de 74 tonnes de déchets de notre portion du littoral du nord-est de l’Écosse.
Nous souhaitions toutefois approfondir nos connaissances sur l'impact de la pollution plastique sur l'environnement. Notre projet s'est donc concentré sur l'étude de l'influence de cette pollution sur la température des sédiments de plage au fil des saisons. Notre objectif principal était d'améliorer la compréhension des impacts environnementaux de ces plastiques et d'étudier leurs effets dans un contexte écologique plus large.
Les recherches scientifiques menées par les organisations environnementales se concentrent généralement sur la documentation de la présence, du volume et de la répartition des plastiques chez des espèces spécifiques et dans des lieux particuliers. Bien que la présence de plastiques dans le milieu marin soit documentée depuis plus de 50 ans, les effets des déchets plastiques sur les propriétés physiques, telles que la température, du milieu côtier ont été peu étudiés. La température est un facteur clé qui influence les êtres vivants. Si de nombreuses espèces peuvent tolérer une augmentation modérée de la température, une évaluation récente portant sur plus de 530 espèces aquatiques et terrestres a prédit qu'environ 40 % d'entre elles subiraient des extinctions locales lorsque les températures maximales augmenteraient de plus de 0,5 °C. Pour les espèces occupant les habitats intertidaux, des modifications de leur aire de répartition dues au réchauffement climatique ont déjà été observées. Par conséquent, les variations locales de température, résultant de l'accumulation de déchets plastiques conjuguée au changement climatique, pourraient avoir des conséquences critiques pour la biodiversité et les régions côtières d'importance environnementale où faune sauvage et plastique coexistent fréquemment.
Plus nous comprenons, plus nous pouvons orienter nos efforts et avoir un impact plus important lors de nos actions de sensibilisation communautaire, tout en contribuant à l'avancement de la recherche existante.
LIEU : Nos sites d’étude étaient Whinnyfold, Craigewan et Cairnbulg, trois localités de l’Aberdeenshire, dans le nord-est de l’Écosse. Cette étude est la première du genre menée dans l’hémisphère nord ; en réalité, seul un autre projet, réalisé sur des îles isolées au large de l’Australie, a abordé cette question.
MÉTHODE ET QUAND : Nous avons suivi les profils de température dans trois sites à des périodes précises du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver, en enfouissant des enregistreurs de température dans les sédiments, dans des zones présentant des densités de plastique nulles, faibles, moyennes et élevées. Les données de température et de pollution plastique ont ensuite été analysées afin de déterminer d’éventuelles corrélations.
ANALYSE DES DONNÉES ET PERSPECTIVES : Nous finalisons actuellement l’analyse des données (les résultats indiquent jusqu’à présent qu’à certaines densités de plastique, les températures maximales et minimales quotidiennes sont respectivement supérieures et inférieures à celles des zones témoins sans plastique). Nous espérons publier ces résultats dans une revue scientifique à comité de lecture et organiserons un atelier de sciences participatives afin d’impliquer le public et d’autres parties prenantes, comme d’autres partenariats côtiers et groupes de sciences participatives, dans notre étude. À plus long terme, il est également possible de mener des études identiques ou similaires sur d’autres sites du littoral.
Nous tenons à remercier Sea-Changers, les financeurs de ce projet, d'avoir rendu cette étude possible.
